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BRUSQUES ACCES DE SOMMEIL……

Posté par eurekasophie le 30 juillet 2009

cataplexie.jpg 

Les brusques accès de sommeil pourraient être dus à la narcolepsie

1. Définition

La narcolepsie est un trouble de la régulation des états de veille. Elle est caractérisée par 2 symptômes cardinaux : une somnolence diurne excessive et des attaques de cataplexie survenant en plein éveil. Cette maladie est très proche de la narcolepsie humaine, découverte en 1877 par Westphal puis mieux étudiée en 1880 par Gélineau (d’où son appellation de maladie de Gélineau).
La narcolepsie canine a été découverte en 1973 par William C. Dement (Stanford University) et ses collaborateurs, chez plusieurs races comme le Doberman pinscher, le Labrador retriever, et le Beagle. Le gène responsable de la maladie chez le chien a été découvert quant à lui par Emmanuel Minot et ses collaborateurs (Stanford University) dans les années 1980.
Les chiens narcoleptiques semblent être plus sévèrement atteints que l’homme, notamment en ce qui concerne les cataplexies.
Les attaques de cataplexie correspondent à des relâchements musculaires brusques et complets survenant en plein éveil. Elles peuvent être localisées (mâchoires, membres supérieurs) ou généralisées, entraînant alors une chute et une paralysie soudaine. Elles sont souvent déclenchées par des émotions fortes, agréables.

2. Pathogénie

Cette pathologie se transmet chez le chien selon un caractère autosomal récessif à pénétrance complète, désigné sous le nom de canarc-1.
On a trouvé une région critique sur le chromosome 12 du chien dans laquelle on ne connaissait qu’un seul gène, Hcrtr2. Ce gène code pour un récepteur, couplé à une protéine G, ayant une grande affinité pour les neuropeptides hypocrétines (orexines).

Rappels :
Le sommeil normal est constitué de deux états différents qui alternent au cours de la nuit : le sommeil lent ou profond, pendant lequel le cerveau est au repos complet, et le sommeil paradoxal, pendant lequel il existe une activité cérébrale intense.
Le sommeil paradoxal s’accompagne par ailleurs d’un relâchement musculaire total et de mouvements rapides des yeux (REM).

Les différents symptômes de la maladie peuvent s’expliquer par un fonctionnement anormal des mécanismes cérébraux de régulation des états de veille et de sommeil. La somnolence diurne est en effet une survenue anormale du sommeil au cours de la veille alors que les éveils nocturnes sont une survenue anormale de la veille au cours du sommeil.
Les autres symptômes correspondent à la survenue au cours de la veille de manifestations normalement propres au sommeil paradoxal ; les attaques de cataplexie et les paralysies du sommeil correspondent au relâchement musculaire du sommeil paradoxal qui survient en pleine veille.
La survenue du sommeil paradoxal très peu de temps après l’endormissement est également anormale.

Dans certaines études sur l’origine de la narcolepsie, une méthodologie génétique sophistiquée a été utilisée : étude de linkage utilisant différents marqueurs, emploi de chromosomes artificiels bactériens (BAC), « chromosome walking »…

Le gène HcrtR-2 a été identifié au sein de la région critique. Ce gène code pour un récepteur couplé à une protéine G. On peut suggérer que la narcolepsie provient d’altérations génétiques au niveau de ce gène. On a amplifié par PCR l’ADNc de chiens Doberman narcoleptiques, celui-ci étant de plus petite taille que l’ADNc d’animaux contrôles. Cette différence est due à une délétion de 116 paires de bases, correspondant au quatrième exon. Ceci est la conséquence de l’insertion d’une séquence de 226 paires de bases en amont du site d’épissage. Il en résulte une délétion de 38 acides aminés dans le 5ème domaine transmembranaire et l’apparition d’un codon stop prématuré, conduisant à une protéine tronquée et non-fonctionnelle. Cette mutation n’a pas été démontrée chez les autres races : cela suggère que dans ces autres races, il existe d’autres mutations au niveau du gène HcrtR-2. En effet, on a étudié par PCR l’ADNc de Labradors atteints et contrôles et on démontré une délétion de l’exon 6.

Comment une anomalie au niveau du gène HcrtR-2 peut provoquer une narcolepsie? Il est clair que le contrôle de la vigilance et du tonus implique de multiples systèmes de neurotransmetteurs :

On a montré dans le modèle animal que la stimulation de la libération de la dopamine augmente la vigilance.
Une stimulation de la transmission cholinergique utilisant des inhibiteurs de l’acétylcholinestérase ou des M2 agonistes stimule la chute du tonus musculaire.
Le plus d’anomalies furent observées au niveau de l’amygdale où une augmentation significative de la dopamine et de ses métabolites est rapportée.
Une injection locale d’agonistes cholinergiques dans la formation réticulée entraîne le sommeil avec mouvements rapides des yeux et/ou sans mouvements chez les animaux narcoleptiques et contrôles. Chez les narcoleptiques, cependant, de plus faibles doses entraînent de l’atonie musculaire, cela suggère qu’ils sont hypersensibles à une stimulation cholinergique.
Une stimulation des autorécepteurs de la dopamine au niveau de l’aire tegmentale ventrale induit une diminution du tonus musculaire et une envie de dormir chez les narcoleptiques et non chez les contrôles.

La narcolepsie peut donc provenir d’interactions anormales entre la voie cholinergique et le système dopaminergique mésocorticolimbique.

Cela signifie aussi que l’orexine B et le HcrtR-2 jouent un rôle neuromodulateur du sommeil en interagissant avec les systèmes aminergique et cholinergique.

En résumé, chez le chien, la narcolepsie est une maladie autosomale récessive résultant d’une mutation au niveau du gène HcrtR-2. Ce gène code pour le récepteur HcrtR-2 qui lie l’orexine B. L’orexine B joue un rôle dans le contrôle de l’alimentation et de la vigilance : elle augmente l’appétit et la vigilance. Ces résultats suggèrent que les orexines et leurs récepteurs constituent une cible pour le traitement de la narcolepsie humaine.

3. Symptômes

L’animal chute pendant les phases de jeu ou pendant l’exercice, sans pouvoir se relever immédiatement, ces crises paralytiques durent quelques secondes. Elles débutent souvent au niveau de l’arrière train avant de se généraliser.
Pendant ces périodes de perte totale du tonus musculaire, l’animal peut rester conscient (œil ouvert et mobile).
On constate aussi des apparitions de phases excessives de sommeil en pleine journée (somnolence diurne), ces crises sont incontrôlables, c’est-à-dire que l’animal ne peut lutter contre l’endormissement même en pleine activité.

narco2.gif

Figure 1. Projection des neurones produisant l’hypocrétine. Les neurones
produisant l’hypocrétine sont situés dans l’hypothalamus (hTh) latéral (points
rouges) et se projettent vers le bulbe olfactif (BO), le cortex cérébral, le thalamus
(Th), l’hypothalamus et le tronc cérébral notamment le locus coerulus
(LC), les noyaux du raphé (NR) et la formation réticulée bulbaire (RB)

4. Diagnostics / test de dépistage

La somnolence diurne associée aux accès cataplectiques permet le diagnostic de la maladie.
L’enregistrement polygraphique du sommeil des sujets atteints est caractérisé par des endormissements directs en sommeil paradoxal alors que le sujet sain s’endort toujours en sommeil lent.
Le taux d’orexine A est indétectable dans le LCR des narcoleptiques, il existe de plus une diminution très importante du nombre de neurones hypothalamiques à orexine chez les sujets narcoleptiques autopsiés.

Il existe un test génétique,  » Optigen NARC test « , qui permet de connaître facilement et avec précision le  » statut  » génétique de l’animal face à la narcolepsie.
Ce test est effectué sur un échantillon de sang et revient à 130 $ par échantillon.

Le tableau ci-dessous, nous donne les divers types de profile génétique obtenus après croisement de parents sains, porteurs ou malades.

Résultats possibles après utilisation d’Optigen NARC Test

N= Normal (sain) Individu homozygote pour le gène normal, donc ne transmettra pas la maladie et n’en sera jamais affecté.
C= Carrier (porteur) Individu hétérozygote qui porte donc un exemplaire du gène mutant, qu’il pourra transmettre à sa descendance mais ne développera pas la maladie.
A= Atteint Atteint Individu homozygote pour le gène mutant, atteint par la maladie qu’il transmet systématiquement à sa descendance.

Le tableau ci-dessous, nous donne les divers types de profils génétiques possibles et leur probabilités d’apparition après croisement de parents sains, porteurs ou malades.

   

Parent 2: Génotype

 

Parent :1 Génotype

Sain Porteur Malade
Sain All = Sain 1/2 = Sain1/2 = Porteur All = Porteur
Porteur 1/2 = Sain1/2 = Porteur 1/4 = Sain1/2 = Porteur

1/4 = Malade

1/2 = Porteur1/2 = Malade
Malade All = Porteur 1/2 = Porteur1/2 = Sain All = Malade

5. Prévalence raciale

On a constaté depuis les premières études sur le chien en 1973 que de nombreuses races pouvaient être victimes de cette pathologie : Beagle, Labrador et Golden retriever, Braque, Caniche, Teckel et autres terriers, mais la fréquence de la maladie semble plus importante chez le Doberman.

6. Traitement

De nombreuses questions subsistant sur l’étiologie de la maladie, elle ne peut pour l’instant faire l’objet d’un traitement particulier, seuls les symptômes peuvent être traités.
Les amphétamines ou leurs dérivés (méthylphénydate) sont des neurostimulants qui activent les récepteurs à dopamine en vue d’augmenter globalement le niveau d’éveil.
Le modafinil est un autre traitement dont les mécanismes, encore flous, agiraient en stimulant les neurones à orexines et d’autres types de neurones au niveau de l’hypothalamus qui à leur tour permettraient d’augmenter le niveau d’éveil de l’animal.
Le traitement des cataplexies relève avant tout des antidépresseurs tricycliques (clomipramine) ou encore de médicaments non anticholinergiques comme la viloxazine, fluoxétine ou la fluovoxamine.

7. Pronostic et bien être animal

Cette maladie est handicapante mais non douloureuse, elle n’évolue pas avec le temps, en effet une fois complètement déclarée, dans les premiers mois de la vie du chien, elle se stabilise.
Elle n’a à priori aucun impact sur la durée de vie des animaux atteints.

8. Bibliographie

Cell, volume 98, 365-376, August 6, 1999.
http://www.jneurosci.org/cgi/content/full/19/1/248, (le 27-12-04)
http://www.npi.ucla.edu/sleepresearch/sciam.htm, (le 27-12-04
http://sommeil.univ-lyon1.fr/articles/luppi/revues/orexin/sommaire.html, (le 29-12-04)
http://ajpregu.physiology.org/cgi/content/full/283/5/R1079#B45, (le 22-02-05)
http://www.orpha.net/data/patho/FR/fr-narco.pdf, (le 28-12-04)
http://www.institut-sommeil-vigilance.com/public/troubles/troubles_somm_maladie4.htm, (le 03-01-05)
http://ist.inserm.fr/BASIS/medsci/fqmb/medsci/DDD/6025.pdf, (le 28-12-04)
http://www.optigen.com/opt_page.taf?page=monarc, (le 24-02-05)

SOURCE: Untitled Document

Publié dans COMPORTEMENT DU CHIEN, NOS ZAMIS LES ZANIMAUX | 12 Commentaires »

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URGENCES……….

Posté par eurekasophie le 15 juillet 2009

randonnes.jpg

 

N’oubliez pas de vous hydrater !

 

POUR ÉVITER LA FRACTURE DE FATIGUE

 

 

Gare à la première séance de course à pied ou à la première journée de randonnée en 

montagne !!!!

 

Avec les beaux jours, la tentation de faire un sport ou une activité de plein air est grande. Ne vous en privez pas ! Mais attention à la fracture de fatigue, où l’os trop sollicité par cet effort soudain et inhabituel risque de se fissurer.

Le terme de fracture peut prêter à confusion, car il ne s’agit pas d’une fracture à proprement parler comme on peut en observer après une chute. D’ailleurs, une radiographie pratiquée dans les jours qui suivent l’apparition des premières douleurs ne montrera pas de trait de fracture. Il s’agit en réalité d’une hypersollicitation osseuse sur un os sain, normal, c’est-à-dire indemne de toute lésion métabolique ou traumatisme qui pourrait expliquer une fracture, soumis à de fortes contraintes mécaniques. La fissure peut survenir à cause d’un effort répété ( sportif assidu), inhabituel ( augmentation de la charge d’entraînement ) ou survenir parfois lors d’une première séance chez un néophyte ! 

 

REMODELAGE OSSEUX INSUFFISANT 

 

On parle parfois  » d’overdose  » mécanique ou de  » fracture de stress « . Il s’agit d’un véritable surmenage osseux qui entraîne une exagération de remodelage de l’os. Schématiquement, la congestion sanguine liée à l’effort active de façon physiologique et réflexe les phénomènes de résorption de l’os qui devient alors plus fragile. La reconstruction osseuse est longue avant d’être véritablement efficace. En d’autres termes, la construction osseuse prend du retard par rapport à la destruction. Le risque principal de la fracture de fatigue est le déplacement osseux, autrement dit l’apparition d’une véritable fracture, synonyme parfois d’intervention chirurgicale. Gare à la poursuite de l’effort en serrant les dents ! 

 

 LE PIED SURTOUT

 

Une fracture de fatigue peut concerner n’importe quel os pourvu qu’il soit sollicité par un effort inhabituel : vertèbre, humérus, bassin, sacrum, col du fémur et même clavicule. Un os long peut être touché à plusieurs endroits différents, le tibia par exemple où la fracture peut siéger au niveau du genou et à quelques centimètres au-dessus de la malléole interne de la cheville. Pour autant et pour des raisons évidentes liées au poids du corps, le pied est le plus exposé aux fractures de fatigue. Par ordre de fréquence décroissante, on en retrouve surtout au niveau du calcanéum ( talon ) , des métatarsiens ( le deuxième surtout ) , du scaphoïde tarsien, de l’astragale et des sésamoïdes ( os situés sous le gros orteil ). 

 

OUHHHHHH    lAAAAAAA !!! C’est où tous ces os dont tu parles ?  chien2.gif

Tu devrais mettre un p’tit schéma ma chère Sophie….

 

osdupied.jpg

Voilà le schéma mon cher Ralphy . Dis au fait, quand je te donne un os à ronger, tu ne me demandes pas si c’est un péroné ou un astragale . Bref, passons….

 

 UNE DOULEUR LOCALISÉE

La fracture de fatigue se manifeste par une douleur sourde et localisée. Il n’y a pas de notion de traumatisme ou de choc direct. Cette douleur doit mettre la puce à l’oreille. Modérée d’abord, ou plus rarement brutale d’emblée, elle provoque une impotence fonctionnelle progressive, avec une boiterie qui empêche toute activité sportive. La douleur disparaît au repos. A la palpation de la zone douloureuse, on retrouve parfois une petite tuméfaction chaude, voire inflammatoire. 

 

PAS DE RADIO MAIS UNE SCINTIGRAPHIE ! 

La radiographie est inutile lorsqu’on suspecte une fracture de fatigue. En effet, du fait même de sa discrétion, la fissure est indécelable radiographiquement, au tout début en tout cas. Dans 50 % des cas en revanche, la radiographie montre les séquelles de la fracture, autrement dit du cal osseux, plusieurs semaines après le début des douleurs. En réalité, c’est la scintigraphie osseuse qui demeure l’examen de référence. La fracture de fatigue y est décelée très précocement, de façon constante, et permet parfois de retrouver plusieurs foyers de fractures, en  » sommeil  » ! Reste la possibilité de pratiquer une IRM dans les cas douteux.

 

scintigraphietibiast800.jpg

 

Les taches noires au niveau des tibias sont les fractures de fatigue

 

 

REPOS 

Sauf cas particuliers ( fracture instable, zone à risque….), une fracture de fatigue ne se plâtre pas. L’utilisation de cannes anglaises permet de soulager le foyer de fracture. Seul un arrêt de l’activité responsable pendant 4 à 6 semaines en moyenne permet la guérison ( reconstitution osseuse au sein de la fissure ) et évite que la fracture ne se déplace. Gare sinon à la pseudarthrose, autrement dit à une absence de consolidation ( la fracture  » bouge  » en permanence ). L’intervention chirurgicale est alors nécessaire pour consolider le foyer de fracture.

 

PRÉVENTION 

 

A défaut de changer la morphologie de ses pieds ou de ses jambes, plusieurs précautions permettent de limiter le risque: 

 

  • Choisissez des chaussures adaptées à l’activité choisie et faites-vous conseiller par un technicien chaussuresdemarche.jpg
  •  changez de chaussures dès que des signes d’usure ou d’inconfort apparaissent : perte de l’amorti ou de la stabilité au niveau du talon, en sachant que l’usure de la semelle est souvent plus tardive
  • soyez prudent lors des premières  » sorties « . Toute activité débutante doit être progressive, en durée comme en intensité. S’il s’agit de la course à pied, il est recommandé de choisir un terrain souple plutôt que le bitume. Sur route, veillez à changer de côté de temps en temps pour soulager le pied extérieur
  • utilisez des semelles ou des talonnettes intérieures amortissantes ( Sorbothane, Noene…..)
  • perdez du poids en cas de surcharge pondérale
  • ne vous lancez pas dans une activité technique sans un coach averti qui pourra corriger un geste défectueux
  • hydratez-vous correctement et ne faites pas un régime trop pauvre en calcium ou en protéines.

 

 

 

 

Publié dans PRENDRE SOIN DE SOI | 13 Commentaires »

CONTE DE Noël

Posté par eurekasophie le 10 décembre 2008

joyeuxnoel.gif                              Conte de Noël

                                                                                                                                     par Guy de Maupassant

    Le docteur Bonenfant cherchait dans sa mémoire, répétant à mi-voix : « Un souvenir de Noël ?… Un souvenir de Noël ?… »
    Et tout à coup, il s’écria :
    - Mais si, j’en ai un, et un bien étrange encore ; c’est une histoire fantastique. J’ai vu un miracle ! Oui, mesdames, un miracle, la nuit de Noël.
    Cela vous étonne de m’entendre parler ainsi, moi qui ne crois guère à rien. Et pourtant j’ai vu un miracle ! Je l’ai vu, fis-je, vu, de mes propres yeux vu, ce qui s’appelle vu.
    En ai-je été fort surpris ? non pas ; car si je ne crois point à vos croyances, je crois à la foi, et je sais qu’elle transporte les montagnes. Je pourrais citer bien des exemples ; mais je vous indignerais et je m’exposerais aussi à amoindrir l’effet de mon histoire.
    Je vous avouerai d’abord que si je n’ai pas été fort convaincu et converti par ce que j’ai vu, j’ai été du moins fort ému, et je vais tâcher de vous dire la chose naïvement, comme si j’avais une crédulité d’Auvergnat.
    J’étais alors médecin de campagne, habitant le bourg de Rolleville, en pleine Normandie.
    L’hiver, cette année-là, fut terrible. Dès la fin de novembre, les neiges arrivèrent après une semaine de gelées. On voyait de loin les gros nuages venir du nord ; et la blanche descente des flocons commença.
    En une nuit, toute la plaine fut ensevelie.
    Les fermes, isolées dans leurs cours carrées, derrière leurs rideaux de grands arbres poudrés de frimas, semblaient s’endormir sous l’accumulation de cette mousse épaisse et légère.
    Aucun bruit ne traversait plus la campagne immobile. Seuls les corbeaux, par bandes, décrivaient de longs festons dans le ciel, cherchant leur vie inutilement, s’abattant tous ensemble sur les champs livides et piquant la neige de leurs grands becs.
    On n’entendait rien que le glissement vague et continu de cette poussière tombant toujours.
    Cela dura huit jours pleins, puis l’avalanche s’arrêta. La terre avait sur le dos un manteau épais de cinq pieds.
    Et, pendant trois semaines ensuite, un ciel clair, comme un cristal bleu le jour, et, la nuit, tout semé d’étoiles qu’on aurait crues de givre, tant le vaste espace était rigoureux, s’étendit sur la nappe unie, dure et luisante des neiges.
    La plaine, les haies, les ormes des clôtures, tout semblait mort, tué par le froid. Ni hommes ni bêtes ne sortaient plus : seules les cheminées des chaumières en chemise blanche révélaient la vie cachée, par les minces filets de fumée qui montaient droit dans l’air glacial.
    De temps en temps on entendait craquer les arbres, comme si leurs membres de bois se fussent brisés sous l’écorce ; et, parfois, une grosse branche se détachait et tombait, l’invincible gelée pétrifiant la sève et cassant les fibres.
    Les habitations semées çà et là par les champs semblaient éloignées de cent lieues les unes des autres. On vivait comme on pouvait. Seul, j’essayais d’aller voir mes clients les plus proches, m’exposant sans cesse à rester enseveli dans quelque creux.
    Je m’aperçus bientôt qu’une terreur mystérieuse planait sur le pays. Un tel fléau, pensait-on, n’était point naturel. On prétendit qu’on entendait des voix la nuit, des sifflements aigus, des cris qui passaient.
    Ces cris et ces sifflements venaient sans aucun doute des oiseaux émigrants qui voyagent au crépuscule, et qui fuyaient en masse vers le sud. Mais allez donc faire entendre raison à des gens affolés. Une épouvante envahissait les esprits et on s’attendait à un événement extraordinaire.
    La forge du père Vatinel était située au bout du hameau d’Épivent, sur la grande route, maintenant invisible et déserte. Or, comme les gens manquaient de pain, le forgeron résolut d’aller jusqu’au village. Il resta quelques heures à causer dans les six maisons qui forment le centre du pays, prit son pain et des nouvelles, et un peu de cette peur épandue sur la campagne.
    Et il se mit en route avant la nuit.
    Tout à coup, en longeant une haie, il crut voir un oeuf dans la neige ; oui, un oeuf déposé là, tout blanc comme le reste du monde. Il se pencha, c’était un oeuf en effet. D’où venait-il ? Quelle poule avait pu sortir du poulailler et venir pondre en cet endroit ? Le forgeron s’étonna, ne comprit pas ; mais il ramassa l’oeuf et le porta à sa femme.
    « Tiens, la maîtresse, v’là un oeuf que j’ai trouvé sur la route ! »
    La femme hocha la tête :
    « Un oeuf sur la route ? Par ce temps-ci, t’es soûl, bien sûr ?
    - Mais non, la maîtresse, même qu’il était au pied d’une haie, et encore chaud, pas gelé. Le v’là, j’me l’ai mis sur l’estomac pour qui n’refroidisse pas. Tu le mangeras pour ton dîner. »
    L’oeuf fut glissé dans la marmite où mijotait la soupe, et le forgeron se mit à raconter ce qu’on disait par la contrée.
    La femme écoutait toute pâle. « Pour sûr que j’ai entendu des sifflets l’autre nuit, même qu’ils semblaient v’nir de la cheminée. »
    On se mit à table, on mangea la soupe d’abord, puis, pendant que le mari étendait du beurre sur son pain, la femme prit l’oeuf et l’examina d’un oeil méfiant.
    « Si y avait quelque chose dans c’t'oeuf ?
    - Qué que tu veux qu’y ait ?
    - J’sais ti, mé ?
    - Allons, mange-le, et fais pas la bête. »
    Elle ouvrit l’oeuf. Il était comme tous les oeufs, et bien frais.
    Elle se mit à le manger en hésitant, le goûtant, le laissant, le reprenant. Le mari disait :     « Eh bien ! qué goût qu’il a, c’t'oeuf ? »
    Elle ne répondit pas et elle acheva de l’avaler ; puis, soudain, elle planta sur son homme des yeux fixes, hagards, affolés, leva les bras, les tordit et, convulsée de la tête aux pieds, roula par terre, en poussant des cris horribles.
    Toute la nuit elle se débattit en des spasmes épouvantables, secouée de tremblements effrayants, déformée par de hideuses convulsions. Le forgeron, impuissant à la tenir, fut obligé de la lier.
    Et elle hurlait sans repos, d’une voix infatigable :
    « J’l'ai dans l’corps ! J’l'ai dans l’corps ! »
    Je fus appelé le lendemain. J’ordonnai tous les calmants connus sans obtenir le moindre résultat. Elle était folle.
    Alors, avec une incroyable rapidité, malgré l’obstacle des hautes neiges, la nouvelle, une nouvelle étrange, courut de ferme en ferme : « La femme du forgeron qu’est possédée ! » Et on venait de partout, sans oser pénétrer dans la maison ; on écoutait de loin ses cris affreux poussés d’une voix si forte qu’on ne les aurait pas crus d’une créature humaine.
    Le curé du village fut prévenu. C’était un vieux prêtre naïf. Il accourut en surplis comme pour administrer un mourant et il prononça, en étendant les mains, les formules d’exorcisme, pendant que quatre hommes maintenaient sur un lit la femme écumante et tordue.
    Mais l’esprit ne fut point chassé.
    Et la Noël arriva sans que le temps eût changé.
    La veille au matin, le prêtre vint me trouver :
    « J’ai envie, dit-il, de faire assister à l’office de cette nuit cette malheureuse. Peut-être Dieu fera-t-il un miracle en sa faveur, à l’heure même où il naquit d’une femme. »
    Je répondis au curé :
    « Je vous approuve absolument, monsieur l’abbé. Si elle a l’esprit frappé par la cérémonie (et rien n’est plus propice à l’émouvoir), elle peut être sauvée sans autre remède. »
    Le vieux prêtre murmura :
    « Vous n’êtes pas croyant, docteur, mais aidez-moi, n’est-ce pas ? Vous vous chargez de l’amener ? »
    Et je lui promis mon aide.
    Le soir vint, puis la nuit ; et la cloche de l’église se mit à sonner, jetant sa voix plaintive à travers l’espace morne, sur l’étendue blanche et glacée des neiges.
    Des êtres noirs s’en venaient lentement, par groupes, dociles au cri d’airain du clocher. La pleine lune éclairait d’une lueur vive et blafarde tout l’horizon, rendait plus visible la pâle désolation des champs.
    J’avais pris quatre hommes robustes et je me rendis à la forge.
    La possédée hurlait toujours, attachée à sa couche. On la vêtit proprement malgré sa résistance éperdue, et on l’emporta.
    Léglise était maintenant pleine de monde, illuminée et froide ; les chantres poussaient leurs notes monotones ; le serpent ronflait ; la petite sonnette de l’enfant de choeur tintait, réglant les mouvements des fidèles.
    J’enfermai la femme et ses gardiens dans la cuisine du presbytère, et j’attendis le moment que je croyais favorable.
    Je choisis l’instant qui suit la communion. Tous les paysans, hommes et femmes, avaient reçu leur Dieu pour fléchir sa rigueur. Un grand silence planait pendant que le prêtre achevait le mystère divin.
    Sur mon ordre, la porte fut ouverte et les quatre aides apportèrent la folle.
    Dès qu’elle aperçut les lumières, la foule à genoux, le choeur en feu et le tabernacle doré, elle se débattit d’une telle vigueur, qu’elle faillit nous échapper, et elle poussa des clameurs si aiguës qu’un frisson d’épouvante passa dans l’église ; toutes les têtes se relevèrent ; des gens s’enfuirent.
    Elle n’avait plus la forme d’une femme, crispée et tordue en nos mains, le visage contourné, les yeux fous.
    On la traîna jusqu’aux marches du choeur et puis on la tint fortement accroupie à terre.
    Le prêtre s’était levé ; il attendait. Dès qu’il la vit arrêtée, il prit en ses mains l’ostensoir ceint de rayons d’or, avec l’hostie blanche au milieu, et, s’avançant de quelques pas, il l’éleva de ses deux bras tendus au-dessus de sa tête, le présentant aux regards effarés de la démoniaque. .
    Elle hurlait touj ours, l’oeil fixé, tendu sur cet objet rayonnant.
    Et le prêtre demeurait tellement immobile qu’on l’aurait pris pour une statue.
    Et cela dura longtemps, longtemps.
    La femme semblait saisie de peur, fascinée ; elle contemplait fixement l’ostensoir, secouée encore de tremblements terribles, mais passagers, et criant toujours, mais d’une voix moins déchirante.
    Et cela dura encore longtemps.
    On eût dit qu’elle ne pouvait plus baisser les yeux, qu’ils étaient rivés sur l’hostie ; elle ne faisait plus que gémir ; et son corps raidi s’amollissait, s’affaissait.
    Toute la foule était prosternée, le front par terre.
    La possédée maintenant baissait rapidement les paupières, puis les relevait aussitôt, comme impuissante à supporter la vue de son Dieu. Elle s’était tue. Et puis soudain, je m’aperçus que ses yeux demeuraient clos. Elle dormait du sommeil des somnambules, hypnotisée, pardon ! vaincue par la contemplation persistante de l’ostensoir aux rayons d’or, terrassée par le Christ victorieux.
    On l’emporta, inerte, pendant que le prêtre remontait vers l’autel.
    L’assistance, bouleversée, entonna le Te Deum d’action de grâces.
    Et la femme du forgeron dormit quarante heures de suite, puis se réveilla sans aucun souvenir de la possession ni de la délivrance.
    Voilà, mesdames, le miracle que j’ai vu.
    Le docteur Bonenfant se tut, puis ajouta d’une voix contrariée : « Je n’ai pu refuser de l’attester par écrit. »

25 décembre 1882


Guy de Maupassant : Conte de Noël. Texte publié dans Le Gaulois du 25 décembre 1882, puis publié dans le recueil Clair de lune.

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